scarification

Mes scarifications

Du curieux croisé en rue/convention/soirée au caissier quand je fais mes courses en passant par les amis d’amis que je rencontre… S’il est une chose chez moi qui intrigue la plupart des gens, c’est cette boursoufflure installée au-dessus de mon décolleté.

J’ai eu de tout, comme questions à côté de la plaque. C’est collé sur la peau ? Implanté sous la peau ? C’est fait au fer rouge ? Tu fais ça toi-même à la bourrin devant un miroir ?

J’ai également eu de tout, comme réaction : des personnes qui veulent toucher pour m’offrir en échange leur plus belle grimace de dégoût, des personnes sans une seule modification corporelle qui ne connaissaient pas mais trouvent ça « plus joli qu’un tatouage », des tatoués-percés de la tête au pied qui ne comprennent pas que l’on puisse se faire ça, des gens qui me disent que je suis folle… Il en faut pour tous les goûts et couleurs !

Aujourd’hui, 4 ans après sa réalisation, je rédige donc un article pour répondre aux principales questions que l’on me pose souvent par rapport à ma scarification. Je suis loin d’être une professionnelle du milieu et de savoir tout ce qu’il y a à savoir sur les scarifications. Il s’agit ici d’un témoignage de l’expérience que j’ai vécue, expérience qui variera d’une personne à l’autre, j’insiste donc sur le fait que je parle en mon nom.

J’espère aussi pouvoir éclairer, qui sait, ceux qui hésitent peut-être à franchir le cap, ou veulent simplement en savoir plus sur cette modification qui se popularise pas mal dans nos contrées ces dernières années mais que l’on croise encore rarement.


Qu’est-ce qu’une scarification ?

C’est un motif créé par des chéloïdes. Il peut s’agir de cutting (la peau est simplement incisée) ou de peeling (on enlève des morceaux de peau pour créer de plus gros reliefs). Lorsque les cicatrices sont formées par une brûlure, on parlera plutôt de « branding ».

Attention, on parle bien ici de modifications corporelles, et non d’automutilation, évitons les amalgames ;)

Partie 1 fraîchement coupéePartie 1 fraîchement coupée

Comment on fait ça ?

La première chose sur laquelle on n’insistera jamais assez, c’est que toute modification corporelle doit se faire chez un professionnel en respectant les strictes normes d’hygiène. Encore plus pour toute modification plus poussée et délicate à réaliser. En vous scarifiant vous-même, vous avez de grandes chances d’obtenir un résultat peu net, vous n’aurez aucun suivi auprès d’une personne avisée, et en outre, une scarification étant une plaie qui reste ouverte plusieurs jours et que l’on empêche de cicatriser au début (contrairement au piercing ou au tatouage), les risques d’infection sont d’autant plus élevés.

Une scarification se réalise donc chez un professionnel du métier qui sait ce qu’il fait et possède les instruments stériles. La mienne a été réalisée par Indy  qui a fait du très bon travail. (NB. À l’heure actuelle il ne fait plus du tout de scarification, inutile de le contacter à ce sujet. Vous pouvez en revanche le retrouver comme perceur et tatoueur au handpoke chez Purple Sun à Bruxelles.)

Le début  de la réalisation se passe comme un tatouage : une fois le motif choisi, on réalise un calque, on le pose sur la peau désinfectée et on s’installe. Mais au lieu de sortir le dermographe, c’est le scalpel qui est à l’honneur.

On coupe d’abord très superficiellement, afin de marquer le motif dans la peau sans que le sang n’efface le calque.

Ensuite, on repasse dans les plaies en les creusant plus profondément pour les marquer et augmenter les chances d’avoir de grosses chéloïdes.

Les points ont été réalisés tout à la fin au dermal punch, si je ne me trompe pas sur la méthode, on creuse le trou puis on détache le bout de peau au scalpel.

Quand tout est fini, on nettoie, on désinfecte une dernière fois et on place le motif sous cellophane avec une bonne couche de vaseline ou autre.

Part 1 une semaine - Part 2 fraîchement coupéePart 1 une semaine – Part 2 fraîchement coupée. NB / La partie du dessus avait pour but de recouvrir les cicatrices de mes anciens piercings Microdermal.

Comment se passent les soins ?

Comme le but est d’avoir de grosses chéloïdes, on réalise en fait des anti-soins. La méthode recommandée dépendra de la personne chez qui vous allez, il en existe plusieurs valables.

On recommande en général de laisser sous cellophane pendant quelques jours et de nettoyer la plaie soit avec du jus de citron, soit à l’alcool pur.

En ce qui me concerne, j’ai opté pour l’alcool pur acheté en pharmacie parce que je trouvais ça plus simple. Je désinfectais la plaie 2 à 3 fois par jour avec un coton imbibé d’alcool, puis je mettais de la vaseline et je remettais du cellophane propre. J’ai laissé la scar sous cellophane 3-4 jours, le temps que les plaies se referment.

En général, il faut également gratter les croûtes sous la douche s’il y en a qui se forment, la plaie doit rester à vif sans se refermer, mais dans mon cas, je n’en ai pas eu du tout !

Comme je cicatrise extrêmement mal de nature, au bout de quelques mois les traits ayant bien gonflés, Indy m’a recommandé de mettre de la crème cicatrisante pour tenter d’accélérer le processus de cicatrisation. Je continue donc à soigner ma cicatrice en appliquant de la pommade ou de l’huile cicatrisante… Même après 4 ans.

03_1monthPart 1 – Un mois
04_1monthPart 2 – Un mois

Est-ce que ça fait mal ?

La douleur est une chose subjective : elle dépendra de l’endroit du corps, de la taille du motif, de notre état, de notre propre résistance à la douleur… Difficile dès lors de répondre, puisque la douleur est propre à chacun.

Pour un petit comparatif, ma toute première scarification était un petit motif, sur une zone de peau plutôt molle et qui ne bouge pas, ça a dû prendre 30 minutes de réalisation à tout casser et c’est passé comme une lettre à la poste, j’ai à peine eu le temps de sentir que c’était désagréable tout au plus. Pas de douleurs non plus durant les anti-soins et aucun problème par la suite.

Pour celle-ci, c’est différent. Le motif est plus gros (il a été réalisé en deux séances puisqu’il s’agit de deux parties), il y a beaucoup plus de détails, et c’est une zone de peau plus sensible, qui bouge énormément.

2 moisAprès deux mois

La partie du bas a dû prendre 4-5h de réalisation, la partie du haut, 2-3h. Alors oui, clairement, je ne vais pas mentir, j’ai eu mal. Je l’ai bel et bien senti passer. Le pire a été la 1e séance, la partie du bas. On ne sent rien quand le motif est coupé superficiellement, par contre, quand on creuse les plaies… Je préfère largement la sensation d’un tatouage. Ici, à peu près à la moitié du motif, mon corps m’a dit « merde » tout simplement. Impossible de reprendre le contrôle psychologique, physiquement ça ne suivait plus. J’avais beau me concentrer, tenter de respirer calmement, rien n’y faisait.

Il n’y a rien de plus désagréable que d’être confronté à sa propre limite et de perdre le contrôle sur son propre corps. La fin de la réalisation a donc été plutôt longue et fastidieuse, on faisait une petite pause régulièrement pour que je puisse respirer et boire un coup, en outre le motif étant situé en plein dans la zone où ça bouge quand je ne contrôle pas ma respiration, Indy a du faire preuve d’une grande patience et d’un grand professionnalisme pour pouvoir terminer le tout…

Mais on y est arrivé et j’ai survécu. Pour la partie du haut, je savais à quoi m’attendre et ça a duré moins longtemps donc ça s’est beaucoup mieux passé, bien que j’aie quand même failli défaillir en jetant un coup d’œil aux nombreuses compresses imbibées de mon sang (car oui, je me fais scarifier, mais la vue du sang m’horrifie et me rend malade. Logique féminine, bonjour !).

3 moisAprès 3 mois – La partie du haut était tellement jolie à ce moment là !

Les anti-soins ont aussi été une partie de plaisir. Je n’avais rien senti du tout pour ma toute première scar mais il n’en fut pas de même ici. La première fois que j’ai mis l’alcool, je n’ai rien senti pendant trois secondes, puis d’un coup, ça m’est à la fois monté à la tête et descendu dans le ventre. J’ai préféré m’allonger pour que ça passe, et j’ai réalisé tous mes soins suivants de la sorte, couchée sur mon lit. Pour le côté « badass », on repassera ;)

Les premières nuits, j’ai eu beaucoup de mal à dormir. Je bouge beaucoup la nuit, or en position fœtale, la scar du bas est en plein sur le pli du ventre tandis que la scar du haut se replie entre les seins… La seule façon de ne pas trop le sentir, c’est de rester allongée sur le dos.

Et puis la cicatrisation commence et on oublie qu’un jour, on a eu mal. Je sais que la douleur est toujours un élément qui peut faire peur dans la réalisation d’une modif’, mais ce n’est jamais dans le pire des cas qu’un mauvais moment à passer. J’aurais préféré ne pas avoir mal, c’est sûr, mais d’un autre côté, c’est peut-être aussi une façon de « mériter », de « gagner » ce motif qui nous suivra toute notre vie. Ça fait partie du rituel… Une fois que c’est fini, on n’y pense plus, et parfois j’en rigole en me disant que quand même, quelle chochotte j’ai été !

Un anAprès un an

On me demande aussi parfois : « On ne peut pas t’anesthésier ? » La réponse est non. Un perceur/pratiquant n’est pas chirurgien, il n’a légalement pas le droit d’anesthésier. Bien sûr, comme pour les piercings/tatouages, on applique un produit qui désinfecte et endort un peu et en cours de réalisation il y a toujours moyen d’appliquer un spray qui atténue la douleur, mais on le sent quand même passer. Cependant, des crèmes plus anesthésiantes, qui permettent d’endormir la peau ou la plaie pour ne pratiquement rien sentir, se popularisent de plus en plus… Je n’y ai pas eu droit à l’époque mais j’imagine donc qu’il doit désormais être possible de se faire scarifier en ne sentant presque rien. Lors de mon dernier tattoo le tatoueur m’avait appliqué un spray qui avait vachement atténué la douleur et ça fait une sacrée différence.


Est-ce que ça va rester comme ça ?

Le temps de cicatrisation d’une scarification est long. On dit qu’il faut compter 4 à 5 ans pour qu’une chéloïde soit entièrement cicatrisée. De mes observations, la 1e année, la cicatrice va doucement gonfler et devenir rouge. Ensuite, elle va se stabiliser et dégonfler tout doucement avec le temps. Pendant la 4e/5e année, on se rapproche du résultat final, la cicatrice est plate, elle oscille juste entre le rouge et le blanc avant de se stabiliser.

Maintenant, cela dépend bien entendu des individus, certaines personnes cicatrisent plus vite et plus fort que d’autres. Pour ma part, je sais que mon corps cicatrise très mal et très lentement (par exemple, mes mains et mes bras sont couverts de petites cicatrices blanches dues à des piqûres de moustiques grattées, griffes de chats, vaccins, blessures diverses…). C’est pour cela que malgré ma peau extrêmement pâle (les scarifications ressortent généralement mieux sur les peaux foncées ou sur les tatouages en aplat noir), je n’ai pas trop hésité à sauter le pas, certaine que le résultat serait au rendez-vous.

La cicatrice évolue et se fait plus discrète avec le temps, et si chez certaines personnes certaines parties deviennent presque invisibles et s’effacent, vu comme la mienne a bien pris, elle ne disparaîtra jamais entièrement et restera toujours bien visible.

08_2yearsAprès 2 ans

Un mot pour la fin ?

On parle des scars, du pendant, de l’après à court terme… Mais jamais de l’après à long terme. Avec ma première scar, je n’ai eu aucun souci et je ne me souviens pas avoir connu le moindre désagrément post-cicatrisation.

Pour celles-ci en revanche, le principal point négatif que je citerais est que… Ça gratte ! Énormément, et pendant des mois. Force d’appliquer des crèmes cicatrisantes, les démangeaisons ont commencé à se calmer au bout d’un an pour presqu’entièrement disparaître au bout de deux ans, mais ça a été très désagréable pendant de longs mois. C’est sans doute pour ça que la partie du haut a encore beaucoup de mal à cicatriser et a beaucoup gonflé : force de gratter dans mon sommeil, j’ai fini par l’irriter et refaire des plaies dedans, et à l’heure actuelle, elle me gratte encore occasionnellement là où elle est rouge et boursoufflée. Je ne cache pas que je suis super triste du résultat, elle était si belle au début, je la trouve moche maintenant et j’ai hâte qu’elle dégonfle enfin, mais c’est ça les aléas d’une scar, ça fait partie du jeu, on ne sait jamais comment ça évoluera :)

3 ansAprès 3 ans

L’entretien n’est pas toujours facile non plus : celle du haut n’est jamais à l’abri d’une mauvaise blessure ou d’un coup de soleil, je dois veiller à toujours avoir une crème de protection maximale (il n’est pas recommandé d’exposer un tatouage au soleil pour le vieillissement, il est encore moins recommandé d’exposer une cicatrice…). Celle du bas, quant à elle, tend à garder prisonniers des morceaux de peaux mortes ou desmiettes de biscuit (hmm fraîcheur !), je dois donc régulièrement nettoyer entre les plaies pour enlever tout ça. D’ailleurs, en été, la transpiration reste également coincée entre les chéloïdes, en cas de forte chaleur j’ai souvent une grosse tache d’humidité à ce niveau-là car les gouttes de sueurs finissent par déborder d’un coup.

Autre phénomène physique étrange… Les premiers mois de cicatrisation, l’effet au toucher de la cicatrice du bas était complètement érogène. Quand mes doigts glissaient sur mes cicatrices, cela me faisait un effet indescriptible me menant presque proche de l’orgasme, c’était extrêmement étrange à observer et inexplicable. Cependant avec le temps ça s’est atténué et aujourd’hui je ne ressens plus rien quand on la touche ;)

3 ansAprès 3 ans

Je ne sais pas du tout comment d’autres personnes qui se sont fait scarifier des pièces plus grosses ont vécu leur expérience. Mais pour ma part, clairement, la patience fut de mise, que ce soit pour supporter la douleur avant, mais surtout attendre la cicatrisation et lutter contre les insupportables démangeaisons après.

Dans tous les cas, je ne regrette rien : je sais ce que la réalisation de ce motif signifie pour moi d’un point de vue spirituel, et si j’ai certes eu très mal et que je suis déçue par le résultat de celle du haut, je suis très contente de celle du bas et à refaire, je pense que je le referais. Pour le moment, je n’ai pas dans l’idée immédiate d’ajouter une autre cicatrice sur mon corps – j’ai d’abord d’autres projets de tatouages qui me tiennent à cœur – mais peut-être qu’un jour, je poursuivrais le motif sur mon ventre. Wait & see !

4 ansAprès 4 ans = à l’heure actuelle

J’espère que cet article vous aura été instructif, si vous avez encore des questions, n’hésitez pas :) À nouveau il s’agit de ma propre expérience, chacun le vivra différemment, je serai également ravie de lire votre témoignage si vous êtes vous-même scarifié(e) afin de savoir comment vous l’avez vécu.

2 Comments

  1. Marianne says:

    Je trouve ça magnifique, le résultat est splendide. C’est bien d’avoir fait les photos pour se rendre compte de l’évolution. Tu m’étonneras toujours ;-) Bisous ma belle et à bientôt !!

  2. Myriam says:

    Coucou! Je viens de découvrir ton blog via ta chaîne et je trouve ta scarification vraiment magnifique et minutieuse, il faut vraiment avoir du courage pour en faire, Ceci dit j’ai une petite question : est ce que c’est conseillé de laisser la plaie sous cellophane durant tout ce temps même si ça empêche la peau de respirer? Je sais que ça ne laisse pas les microbes et les bactéries pénétrer mais la plaie a besoins d’air un peu non?

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