Il y a des pays où les fusillades sont légion, où la guerre
bat son plein, où des innocents sont tués en grand nombre chaque jour. On pense
toujours que ça n’arrive qu’ailleurs, que ça n’arrive qu’aux autres.
Et pourtant, il y a deux jours, c’est dans ma ville que
c’est arrivé. À peine à quelques rues de chez moi. La folie, l’égoïsme d’un
seul homme aura coûté la vie de quatre personnes et blessé plus de 120 autres,
avant qu’il ne se donne lui-même la mort.
Choc et incompréhension en lisant les nouvelles qui fusent
de partout, les rumeurs qui vont de bon train dans l’incertitude, les
spéculations diverses des médias. J’entends les sirènes des ambulances qui ne
s’arrêtent pas de passer. Hypersensible de nature, je contiens mes larmes
tant bien que mal. Ça aurait pu être mes proches, ça aurait pu être ma famille, ça aurait pu être moi.
Heureusement, égoïstement, aucune de mes connaissances n’a été blessée,
heureusement, je n’étais pas là pour voir ce carnage, mais comme beaucoup, je
suis choquée, peinée. Parce que même sans être réellement une « grande fan
de Liège », ça reste ma maison – notre maison. La région où j’ai grandi,
la ville où je vis, où j’ai rencontré l’amour, où j’ai obtenu mon diplôme, où
je compte construire mon avenir.
Je suis encore plus peinée (devrais-je dire en colère ?) des raccourcis que certains
prennent. Dès qu’un nom à consonance exotique apparaît dans les médias, on ne
retient plus que ça et tous les débats se concentrent sur ce fait. À croire
qu’ils ont oublié que l’on a eu des Dutroux, des Fourniret, et bien d’autres
encore, à consonance bien belge/française, à la peau aussi blanche que la vôtre
et la mienne. Le massacre en Norvège ? L’auteur était Norvégien – et c’est
une idéologie raciste qui a motivé ses actes.
Columbine ? Deux américains tuant leurs camarades qu’ils côtoyaient
tous les jours.
La douleur était la même pour les familles et les victimes,
quelle que soit leur couleur de peau et leurs origines. L’étendue de la folie
était la même pour les auteurs des faits, peu importe leur pays de provenance.
Victimes comme auteurs, tous appartiennent à la même race : la race
humaine. Comme vous et moi.
Mes pensées vont aux familles des victimes et aux blessés de
cette horreur. Je prie pour que plus jamais nous n’ayons à subir ça – même si
je ne suis pas dupe, le monde est fou et le pire est sans doute à venir…
À voir aussi :
Texte de Pierre Kroll
Groupe Facebook : Nous sommes liégeois tristes et antiracistes
Et la musique que j'écoutais ce jour-là... Avec des images de notre centre ville : Mad World